La définition du « BEAU » par Bouvard et Pécuchet…et mes 800 abonnés.

flaubert

D’abord, qu’est-ce que le Beau ?
Pour Schelling, c’est l’infini s’exprimant par le fini ; pour Reid, une qualité occulte ; pour Jouffroy, un trait indécomposable ; pour De Maistre, ce qui plaît à la vertu ; pour le P. André, ce qui convient à la raison.
Et il existe plusieurs sortes de Beau : un beau dans les sciences, la géométrie est belle ; un beau dans les mœurs, on ne peut nier que la mort de Socrate ne soit belle. Un beau dans le règne animal : la beauté du chien consiste dans son odorat. Un cochon ne saurait être beau, vu ses habitudes immondes ; un serpent non plus, car il éveille en nous des idées de bassesse.
Les fleurs, les papillons, les oiseaux peuvent être beaux. Enfin la condition première du Beau, c’est l’unité dans la variété, voilà le principe.
– Cependant, dit Bouvard, deux yeux louches sont plus variés que deux yeux droits et produisent moins bon effet, ordinairement.
Ils abordèrent la question du sublime.
Certains objets sont d’eux-mêmes sublimes, le fracas d’un torrent, des ténèbres profondes, un arbre battu par la tempête. Un caractère est beau quand il triomphe, et sublime quand il lutte.
– Je comprends, dit Bouvard, le Beau est le Beau, et le Sublime le très Beau. Comment les distinguer ?
– Au moyen du tact, répondit Pécuchet.
– Et le tact, d’où vient-il ?
– Du goût !
– Qu’est-ce que le goût ?
On le définit : un discernement spécial, un jugement rapide, l’avantage de distinguer certains rapports.
– Enfin le goût c’est le goût, et tout cela ne dit pas la manière d’en avoir.
Il faut observer les bienséances, mais les bienséances varient ; et si parfaite que soit une œuvre, elle ne sera pas toujours irréprochable. Il y a pourtant un Beau indestructible, et dont nous ignorons les lois, car sa genèse est mystérieuse. […]
Des doutes l’agitaient, car si les esprits médiocres (comme observe Longin) sont incapables de fautes, les fautes appartiennent aux maîtres, et on devra les admirer ? C’est trop fort ! Cependant les maîtres sont les maîtres ! Il aurait voulu faire s’accorder les doctrines avec les œuvres, les critiques et les poètes, saisir l’essence du Beau ; et ces questions le travaillèrent tellement que sa bile en fut remuée. Il y gagna une jaunisse.

Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1881.

 

C’était ma façon à moi de remercier les 800 abonnés ce soir sans tambours ni trompettes puisque un dixième me lit vraiment…À ceux-là je dis merci, je sais qui ils sont et je souhaite que nos échanges soient fructueux et donnent à vivre à voir, à créer et à aimer.

41 réflexions au sujet de « La définition du « BEAU » par Bouvard et Pécuchet…et mes 800 abonnés. »

  1. Le concept du beau demeura longtemps attaché à l’esthétisme philosophique…l’évolution l’a envoyé dans tous les sens, j’entends Reggiani se casser la gueule dans un émission culturelle cherchant sa Voyce…
    Le beau fait à présent partie de la décadence…
    N-l

    Aimé par 1 personne

  2. C’est beau, quand même ! La pérennité est belle en soi !
    Mon modeste avis : le beau est une émotion qui a peu à voir avec l’objet, au sens large, et beaucoup à voir avec la personne qui la vit.
    Merci d’être là, Barbara, et d’y mettre du beau.

    Aimé par 2 personnes

  3. Vaste question que l’on rencontre plus particulièrement dans l’art moderne, peinture ou sculpture. Le beau pour moi n’est pas celui de mon voisin et ce n’est pas parce qu’une majorité désigne quelque chose comme beau que ça l’est. Le beau n’est pas intemporel. Cf le rococo par exemple…
    Un article ne suffirait pas à faire le tour d’un dixième de la question.

    Je ne pense même pas qu’un dixième des abonnés te lise, surtout que des non-abonnés te lisent aussi…

    Aimé par 3 personnes

    1. L’Art à toujours été moderne à l’époque de son expression. Etant donné que durant des siècles il fut strictement réservé à ses commanditaires, on a entendu à son propos un avis plus sectaire que libre et ouvert. Aujourd’hui après la libération impressionniste qui a renvoyé l’art officiel dans son coin, que reste-t-il qui relève honnêtement du beau ? L’Art est depuis la seconde guerre mondiale un marché international fabuleux qui par son ampleur a néantisé le sens intrinsèque du beau au seul nom du business. Les galeristes sont des mandataires des halles qui décident du cours de l’oeuvre sur pieds et de la morte, comme du bétail. On est sorti du sens premier pour suivre la boulimie du fric. La forme a ouvert un aspect positif par la démocratisation de l’Art, mais il demeure l’objet exclusif des nantis. C’est le seul aspect que le beau conserve. Le reste n’est que foire. L’artiste demeure sa clef de voûte. Il y a ceux qui refusent la gloire et son système de putasserie canapé que les ministères de la Culture font en sorte de tenir en mains. Le Beau porte en lui la mauvaise graine de l’opposition à toute forme de régime dogmatique, le Beau est dangereusement libre pour tout pouvoir. Les gouvernants en favorisant la soupe, peuvent le brider.
      N-L

      Aimé par 3 personnes

  4. wouah ! 800 ! Quand même !…
    les mots sont souvent galvaudés… (« sublime » par ex)… Mais « beau » reste pour moi, toujours ce qui suscite l’émotion… même quand ce n’est pas jugé « beau »…Beau est ce qui me fait retenir le souffle…

    Aimé par 2 personnes

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